Des promesses et des ‘Tome 2’

Social

C’est fou la pression qu’on se met quand il s’agit d’écriture et j’expérimente une nouvelle problématique de cet « art » avec mes tomes 2 (Animale et Le Lion à la Langue Fourchue) : la façon de traiter les promesses inhérentes à la nature d’un tome 2.Je ne parle pas là des attentes qui se situent au niveau de l’intrigue comme la résolution des conflits, les questions laissées sans réponse ou les ouvertures semées par l’auteur, non je m’intéresse dans cet article à ce qui se situe à un niveau plus complexe, voire émotionnel et qui relève des attentes du lecteur.Qu’est-ce qui fait un bon tome 2 ?

Vaste question.

Mon postulat de départ

J’ai beaucoup réfléchi aux seconds volets des sagas connues que j’ai aimés. Les exemples connus qui me viennent en tête (en jeunesse) sont A la croisée des mondes de Philipp Pullman et Harry Potter de J.K. Rowling, mais aussi les Hunger Games de Suzanne Collins ou encore les Uglies de Scott Westerfield. Il y en a bien d’autres, évidemment, mais je ne les citerai pas tous.

Un premier tome pose l’intrigue, les personnages, l’univers, les enjeux ; il bénéficie de l’attrait de la découverte et d’une certaine bienveillance de la part du lecteur. Même si le premier tome ne l’a pas tout à fait convaincu, ce dernier peut donner sa chance au suivant, en espérant que les défauts de « début » auront disparu et que le petit goût de « reviens-y » se transformera en un « j’en veux encore ! »

J’y vois une nouvelle mise à l’épreuve de la série.

Peut-être pas à ce point-là quand même.

Lorsque j’endosse ma cape de lectrice, j’attends de voir si l’essai sera marqué, si ce volet confirmera ma première impression, si mes attentes seront comblées, si j’aimerai autant sinon plus que le premier tome et si j’irai au bout de la série. Il y a donc un enjeu important afin de fidéliser le lecteur (parce que, quand on écrit une série, ce n’est pas juste pour que les gens lisent le tome 1, sinon, on écrirait un one shot).

Du côté du lecteur

Le roman d’une série bénéficie de quelques avantages par rapport à un texte seul. Le lecteur n’a pas besoin de se frotter à un nouvel univers ou à une nouvelle galerie de personnages (il y a au moins quelques survivants) et il s’est acoutumé au style de l’auteur. Donc, il a moins d’efforts à fournir pour entrer dans l’histoire. Cette connaissance lui donne l’impression qu’il va enfiler une bonne paire de pantoufles : il sait où il va et il s’attend à ce moindre effort, mais pas seulement.

Moi non plus je ne pense pas que le pire soit derrière nous.

Ce détail à double tranchant a son importance du point de vue de l’auteur. Son lecteur espère retrouver ce qui lui a plu dans le premier opus. S’il ne retrouve pas ce qu’il veut, il risque de le prendre mal et de se tirer. S’il retrouve assez de ce qu’il a aimé précédemment, il y reviendra, mais en râlant pour la forme. S’il trouve de nouvelles « choses » à aimer, en plus de ce qu’il espérait, il sera ravi.

Voilà, on met en plein les pieds dans une partie du problème. L’auteur raconte une histoire, telle qu’elle vit dans son imaginaire. S’embarrasser des innombrables pantoufles des lecteurs, quand il part en trek en Himalaya n’est pas une priorité à ses yeux. Parce qu’en plus, d’un lecteur à l’autre, pantoufle varie.

L’auteur fera moins le malin avec son sac rempli de pantoufles.

Comment gérer ces attentes ?

Chercher à contenter tout le monde me paraît être une gageure ; à mon avis, il vaut toujours mieux faire un choix et s’y tenir. Il appartient à l’auteur d’identifier les ingrédients qui selon lui définissent son texte, puis de les appliquer à la série. Proposer au lecteur une corde et un baudrier auquel s’accrocher ne l’empêchera pas de choisir la voie d’escalade à main nue s’il est motivé. Mais au moins, vous aurez balisé le chemin et puis comme il a mis des pantoufles…

[Ma métaphore commence à prendre l’eau.]

De toute façon, l’auteur doit définir à un moment ou à un autre ce qu’il a voulu mettre dans son histoire afin d’être capable de la défendre et d’en parler. Ce travail nécessaire prend tout son sens au niveau de la série : elle doit posséder une identité.

Prenez les Sherlock Holmes par exemple. Le couple Holmes-Watson est au fondement de l’identité du roman, mais il y a aussi le rythme, l’atmosphère, et surtout la façon très personnelle que Holmes a de découvrir la vérité. Voire même sa façon de se comporter : le lecteur attend ses piques et ses extravagances.

Je suis sûre que vous voyez l’idée.

Au-delà de l’identité du roman

Certains éléments sont évidents, il n’y a pas besoin d’y réfléchir en particulier (comme pour Holmes), mais d’autres sont plus difficiles à identifier.  Les retours des bêta-lecteurs sont précieux pour les détecter.

L’exemple qui me vient en tête est le cas du personnage secondaire pour lequel le lectorat se prend d’affection alors que vous ne l’aviez pas vraiment vu venir. Autre exemple fréquent, la sous-intrigue du premier opus pour lequels les lecteurs se passionnent.

Par exemple, dans Subliminale, il y a un personnage mystère qui a beaucoup plu et qui à l’origine ne devait pas prendre beaucoup de place. Mais il a tellement plu que j’ai d’emblée décider de lui donner un rôle dans le second tome, puis dans le dernier.

Je me demande si c’était le cas de Gollum.

Il y a aussi tout un tas de petites touches qui sont importantes mais plus difficiles à détecter. Par exemple, si vous introduisez de l’humour (même rare) dans un premier opus, il en faudra une dose équivalente dans le suivant. Si aucun fabuleux ne se moque des humains dans le tome 2 des chroniques de Siwès, cela manquera au lecteur.

Je tenais à le caser celui-là.

Vu que j’y réfléchis depuis longtemps, j’en suis carrément venue à la conclusion que plus le terrain commun est grand entre deux volets d’une série, plus il y a de chance pour combler vos lecteurs et les faire tomber amoureux de la série. Par terrain commun, j’entends bien le nombre de caractéristiques communes.

Dans Harry Potter, c’est flagrant, parce qu’il y a plein de « rituels »: les tomes sont calqués sur l’année scolaire, on passe par le Poudlard Express à chaque volume, les jumeaux Wesley font des blagues, il arrive un truc affreux à Harry en relation avec Voldemort, etc.

Le quidditch aussi.

Faut-il juste reprendre la « recette » du tome 1 ?

Non, parce qu’évidemment, le lecteur n’a pas envie de relire la même histoire. Rien de pire qu’un lecteur qui décroche d’une série parce que « c’est tout le temps la même chose ». Le lecteur a envie de chausser des pantoufles certes, mais il a l’intention de voyager, pas juste aller du fauteuil au canapé. Il faut que le tome 2 fasse évoluer les personnages et les intrigues.

J’irai même plus loin : si possible, il faut essayer de surprendre son lecteur avec de nouveaux arcs, de nouvelles intrigues et en utilisant tout ce qui a été mis en place dans le tome 1. Un tome 2 est un roman avant tout. Il ne faut pas le réduire à une promesse ou à des attentes à combler.

Il ne faut pas que le lecteur se lasse à cause de ce qu’il a aimé précédemment. Si l’une des caractéristiques de votre roman, c’est l’action, vous devez remettre de l’action mais vous ne pouvez pas vous contenter de mettre une course poursuite à chaque tome. Vous devez varier l’action et vous renouveller.

Tchou-tchou

Je reviens sur l’exemple du Poudlard Express. Il se passe toujours quelque chose dans le Poudlard Express, du coup le plaisir est renouvellé. Si, à chaque trajet, Harry se contentait de se faire embêter par Drago Malefoy, cela perdrait vite son intérêt.

À mon avis, vous n’avez pas besoin de copier le tome 1 mais plutôt de jouer avec ce que vous y avez mis, exactement comme avec l’intrigue que vous déroulez et avec les personnages que vous mettez en scène.

En conclusion

Ces quelques remarques tombent sous le sens, mais c’est bien difficile d’y voir clair tant qu’on n’a pas eu de retours de lecteurs sur son texte. Je vous conseillerais de ne pas seulement chercher à faire plaisir au lecteur (c’est aussi le piège quand on s’intéresse à ce genre de problématique) : n’oubliez pas de vous faire plaisir et de vous amuser. Cela se sentira à la lecture.

Un écrivain heureux pour un lecteur heureux.

Et vous, amis lecteurs, qu’aimez-vous ou détestez-vous rencontrer dans les tomes 2 ?

********************************************

Note : Cet article était en rédaction depuis quelques semaines (ou mois) et je le poste aujourd’hui suite aux premiers retours de mes bêta-lecteurs, tous très encourageants sur Animale (Merci encore à vous !). Mes références à Harry Potter ne sont pas anodines, car sans avoir la prétention de chercher à égaler l’oeuvre de J. K. Rowling, j’avoue qu’elle m’a influencée dans le bon sens.

J’ai notamment eu le plaisir de recevoir quelques explications de son intertexte par Silène Edgar – les inscrits de la convention CoCyclics ayant assisté à son atelier se souviennent forcément de la baguette de Harry Potter. Son analyse m’a aidé à murir dans mon écriture (pas seulement sur ce texte) et j’étais très touchée (et rouge) ce matin en découvrant l’article qu’elle m’a consacré. Je pense qu’on peut cuire un oeuf à même mes joues, mais c’est bon pour la confiance en soi. Merci Silène !

Je vous conseille également la lecture de l’article d’Aelys sur la gestion des informations au début d’un tome 2, très intéressant 😉

10 thoughts on “Des promesses et des ‘Tome 2’

  • C’est vraiment un article passionnant… En tant qu’auteur, j’avoue avoir rencontré une problématique inverse : j’ai été contraint de découper mon histoire en plusieurs tomes. L’avantage, c’est que l’histoire a du « liant », mais l’inconvénient, et là je me retrouve dans ce que tu dis, c’est cette peur de proposer un tome 1 qui ne soit pas suffisamment accrocheur pour lire la suite (tant j’ai l’impression que mes tomes 2 et 3 sont meilleurs).

    Qu’est-ce qu’une bonne suite ? A mon humble avis je pense qu’on doit trouver dans la séquelle idéale une forte intensité dramatique, comme le second acte d’une pièce de théâtre. Ce n’est pas pour rien qu’au cinéma les suites réussies constituent souvent les meilleurs épisodes d’une saga : je pense à l’Empire Contre-Attaque, mais aussi au Parain II avec ces twists qui ont choqué une génération de cinéphiles… J’ai aussi l’impression qu’une suite réussie a tendance à finir en queue de poisson pour donner envie de lire le tome 3, même si on ne peut pas faire de généralités.

    Il n’y a malheureusement pas de recette idéale, j’avoue pour ma part avoir été déçu par la fin du premier cycle de l’Assassin Royal, j’avais l’impression que Robin Hobb s’essoufflait et ne savait pas comment allait s’achever son histoire…

  • Je dois dire que je suis dans la même problématique aussi avec mon second tome à écrire. Et ce n’est pas simple car effectivement cela amène les questions que tu soulèves. Et pour t’avoir lue aussi, je comprends ton cheminement et ton questionnement. Ce n’est pas évident de se positionner par rapport à la suite de nos récits car finalement, on craint aussi de se retrouver en porte-à-faux en tant qu’auteur mais aussi en tant que lecteur. Ce qui fait que l’on a aimé un tome un peut ne pas se retrouver nécessairement dans le suivant et ainsi perdre le lecteur. En revanche, on peut avoir l’effet inverse. Un effet de surprise. Je ne retrouve pas les mêmes ingrédients mais ce n’est pas grave, je m’en vois satisfait malgré tout. Du coup, je suppose qu’il n’y a pas de recettes miracles, juste une succession de décisions prises qui feront basculer l’avis des uns et des autres. Dans le bon sens, comme dans l’autre. Nul ne peut prévoir comment ça va tourner.

  • Article très intéressant (comme souvent), merci pour cette précieuse lecture ! 🙂

    (j’ai encore une fois bien ri. Je suis peut-être bon public, mais ton humeur marche très bien sur moi. ^^)

  • Hihi, c’est rigolo, j’ai aussi fait un article là-dessus y’a pas longtemps (mais seulement sur le début).

    Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis, et en tant que lectrice, j’attends d’un tome 2 qu’il me surprenne, qu’il m’emporte encore plus loin que le 1er, quitte à ce qu’il soit différent. En fait, je préfère qu’il soit différent, parce qu’il y a déjà des tas de choses en commun (personnages, contexte, etc), et moi, j’adore les surprises ^^

    Merci pour l’article, il est super!

  • Je me retrouve dans pas mal de chose qui sont expliquées dans l’article. Les attentes, l’identité du texte, la cohérence des personnages, les petites touches et la variété des univers et des situations…
    Il faut surtout se faire plaisir et je te rejoins parfaitement : c’est le conseil numéro 1.
    Si on a pris son pied à l’écrire, des lecteurs / lectrices prendront également le leur à lire l’histoire.
    Faut pas non plus se mettre la pression.

  • On retrouve ces problématiques dès que l’on écrit plusieurs textes qui reprennent le même univers et/ou des personnages communs. Ce n’est pas simple à gérer, c’est clair, et tu balayes bien les difficultés.
    Le coup du personnage secondaire que certains lecteurs adorent, j’y ai eu droit aussi. ^^
    En tout cas, pour Romane, la mise en ligne du Livre 2 m’a considérablement stressée à cause de ça : j’avais peur de ne pas répondre aux attentes des lecteurs qui ont aimé le Livre 1. Au final, j’ai eu trop de retour pour savoir ce qu’il en est vraiment, mais j’ai au moins une lectrice qui a trouvé le Livre 2 meilleur (oh ! joie ! ^^).
    Le pire étant que mes projets pour les années à venir sont à chaque fois des one shot, certes, mais avec univers / persos récurrents, donc j’aurai à subir sans cesse ce même stress.
    Du coup, je compatis pour tous ceux qui subissent le même. 🙂

    (note que je ne doute pas que tu t’en sors haut la main avec tes tomes 2… et les suivants !)

  • Je n’ai pas ce problème, je ne fais que des one shots pour le moment. Mais je peux comprendre le questionnement sur la chose 😉
    Quant au personnage secondaire sur qui tout le monde veut en savoir plus… ça à l’air récurrent. Il faut croire qu’on les bichonne trop !

  • @Escrocgriffe: J’ai souvenir d’avoir été déçue de découvrir que Fitz n’avait que la trentaine alors qu’il me paraissait nettement plus âgé. ^^
    Mais c’est tout 🙂

    @Earane: je pense tout à fait que la surprise peut compenser. Et il y a aussi des séries où on ne retrouve rien à part les personnages mais où l’environnement évolue constamment, et dans ce cas, c’est l’inconnu qui constitue l’ingrédient, en quelque sorte. ^^

    @Nina: J’aime autant ne pas être la seule à rire ^^ huhuhu

    @Aelys: Oui, c’est vrai, je voulais mettre une note et puis j’ai oublié. Je vais éditer et te mettre en lien.

    @Desienne: je suis incapable de ne pas me mettre la pression. ^^

    @Roanne: tu auras d’autres retours dans le temps. Comme je te l’ai dit, j’attaquerai avec plaisir le second opus 😉
    (j’espère que je vais bien m’en sortir avec tous, je ferai de mon mieux !)

    @Kanata: Il faudrait tous les tuer les personnages secondaires, en fait ^^ C’est pas ce que fait George R.R. Martin ? ^^

  • Syven : Oh, je disais pas ça pour ça, c’est juste que nos articles sont sur le même thème en ce moment, c’est marrant ^^
    Merci quand même <3

    En tout cas, j’ai hâte de lire Siwès 2 et le duo de la Balance Brisée, pour voir comment tu as mis ces merveilleux conseils en pratique !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *