Simplifier dans le texte

Social
Kuba: http://openclipart.org/user-detail/kuba
En ce moment, je réfléchis beaucoup à la simplication dans le texte (en parallèle avec d’autres réflexions concernant le lecteur). Plus le point de départ est simple, plus il est facile pour le lecteur d’entrer dans le roman. Allons plus loin, si le roman est simple, il est plus facile pour le lecteur de se l’approprier et de le lire jusqu’au bout en intégrant chaque détail.

Mais qu’est-ce que je veux dire par simple ? Un texte façon « soupe » ? Avec des personnages bateau, une intrigue basique ? Pas du tout. Un texte plus simple à comprendre et à lire ne signifie pas qu’il doit être pauvre de détails ou affublé d’une intrigue prévisible.

Note : Pour ceux qui auraient lu mes bouquins et les trouveraient éventuellement compliqués, cet article est le signe que j’espère me corriger. Ah ah ah !

Liens entre points de vue et complexité

Plus il y a de points de vue, plus le texte est compliqué. Pour chaque personnage qui prend la parole, le lecteur doit endosser une nouvelle peau : un passé, des émotions, des motivations, un cercle d’alliés et d’ennemis (dans le sens de personnes agissant sur le but qu’il s’est fixé), etc. Les trames de chaque personnages se croisent et se décroisent, possédant chacune autant de détails importants à retenir. Tous les lecteurs ne sont pas armés pour intégrer autant d’information.

Des bouquins comme Games Of Thrones sont géniaux mais n’est pas George R. R. Martin qui veut. En comparaison, un bouquin avec un seul point de vue est beaucoup plus simple à gérer pour le lecteur, car toute l’information passe par un seul personnage, qui agit comme un filtre sur l’histoire, en quelque sorte.

Ecrire un bouquin avec un seul point de vue ne vous tentera pas forcément. Je vous comprends : pour Au Sortir de l’Ombre, j’y suis allée gaiement, il y a plein de personnages et j’assume. Pour les Chroniques de Siwès, j’ai fait un effort. À la relecture, j’ai supprimé certains points de vue secondaires, et étant donnés les retours généraux, j’ai l’impression que ça marche plutôt bien. (Youpi !)

Il y a quand même moyen de couper la poire en deux et de simplifier sa gestion de points de vue multiples. Chaque nouveau personnage apportant de la complexité, une fois qu’on le sait, il est possible de rationaliser cette donnée.

Attention, je donne une liste de trucs ci-dessous ; je ne prétends pas qu’il faille tout appliquer. C’est à vous de décider de ce que vous souhaitez/acceptez de simplifier.

  • Associer une scène à un point de vue et/ou éviter de multiplier les points de vue au cours d’une scène.
  • S’assurer que le lecteur sait bien à qui appartient le point de vue en cours à chaque instant. 
  • Ne pas multiplier les scènes trop courtes : un bouquin n’est pas un film. Il faut donner au lecteur de quoi rentrer dans la peau du narrateur, et donc le caractériser correctement.
  • Cultiver un lien logique ‘évident’ pour le lecteur qui rende le changement de point de vue naturel. Par exemple:
    • le changement de point de vue colle au développement de l’intrigue (on voit A faire une action qui influe sur B, lequel agit de sorte à influer sur C, qui revient vers A, etc.)
    • les membres d’une même famille prennent la parole tour à tour
    • les points de vue suivent le fil des apparitions de personnages.
    • etc.
  • Désigner un personnage principal en lui donnant plus de place et en faisant en sorte que son histoire donne les repères auxquels se rattachent celles des autres.
  • Donner toujours plus de repères au lecteur. Vous pouvez travailler sur :
    • Un système temporel : par exemple, raconter chronologiquement une histoire en insérant des dates.
    • L’architecture du texte : alterner conciencieusement les chapitres (protagonistes/antagonistes), commencer ou terminer chaque chapitre dans un ordre particulier (d’abord le protagoniste, ensuite son antagoniste), etc.
    • Les symboles ou les sauts de lignes entre chaque changement de point de vue.
  • Ne pas utiliser un nouveau point de vue seulement parce que c’est pratique pour vous, surtout si les infos ne sont pas capitales pour l’histoire ou pour le personnage, et encore moins s’il s’agit d’un personnage secondaire.
  • Eviter de multiplier les points de vue de personnages secondaires. Si vous donnez la parole à un personnage, il vaudrait mieux la lui redonner plus tard, sinon, vous aurez forcé votre lecteur à ingérer un paquet d’informations pour peu de choses.

Est-ce que c’est forcément plus simple d’avoir un seul point de vue?

C’est très agréable d’avoir une seule voix. Cela permet d’explorer à fond son personnage et de se concentrer sur l’intrigue. Je dirais que c’est un autre type de récit et on prend plaisir à jouer avec le lecteur d’une autre façon. Donc oui, c’est pas mal.

En revanche, les difficultés sont ailleurs. Mais cela pourrait faire l’objet d’un article. Plus haut, je parlais de « filtre », et toutes les informations passant par le même personnage, on ne peut pas se permettre les mêmes choses qu’avec une galerie de personnages (par exemple, en terme d’ironie dramatique, quand le lecteur apprend des éléments clefs que le personnage principal ignore).

La gestion de l’information

C’est le gros point noir dans un récit de fantasy, en particulier. Je n’ai pas de conseils miraculeux, mais bon, il faut bien que je remplisse ma section :

  • Appeler un chat, un chat. Si vous mettez une bestiole dans une histoire, inutile de lui donner un nom plus fantaisiste. Chaque nouveau terme de vocabulaire est un élément clef à apprendre et à mémoriser, donc à limiter au strict nécessaire.
  • Délayer les informations géo-politiques. Si vous devez forcer vos personnages à aborder certains sujets, c’est sûrement que le moment est mal choisi.
  • Combler les attentes des personnages et des lecteurs. Si votre personnage demande une explication attendue par le lecteur, donnez-la lui.
  • Supprimer ce qui ne change rien du point de vue de l’histoire et qui alourdit le récit parce que vous n’arrivez pas à le caser correctement dans le texte. Il y a foultitude de détails dans les histoires que l’on crée, mais il est inutile de tout livrer. Par exemple, dans une description, si vous décrivez une allée de marbre pailletée, il n’est pas utile de mentionner la couleur et la nature du joint entre les dalles, du moins, en règle générale. Si vous ne parvenez pas à insérer de façon naturelle dans le récit une information, et si le récit reste compréhensible sans, supprimez-la.
    Si elle est fondamentale, vous avez un sérieux problème. Je vous conseille de remonter la bobine: pourquoi est-elle fondamentale? Qu’est-ce qu’elle sert à comprendre? À partir de quand influe-t-elle sur le destin du personnage ? Etc. Si vous maîtrisez les tenants et aboutissants de votre information, vous finirez par trouver une solution.
  • Répéter certaines informations, mais point trop. Exemple : si vous avez expliqué un truc page 10, qui servira page 180, il est probable que le lecteur l’oubliera entre temps.

Au coeur d’un paragraphe

Tout ce qu’on applique au niveau d’une scène (en limitant le nombre de points de vue, par exemple), on peut le transposer au niveau du paragraphe. On peut chorégraphier un paragraphe (oui, je me sens d’humeur à employer de grands mots aujourd’hui.)
Par exemple, si vous employez deux personnages dans une scène, au niveau du paragraphe, évitez d’aller de l’un à l’autre d’une phrase sur l’autre, comme un ping-pong. Donnez de la place à chaque protagoniste, groupez les actes, les pensées, utilisez une transition et passez à l’autre, comme avec une caméra. Si au lieu de zoomer, vous voulez donner une vue d’ensemble, les personnages doivent être tous les deux sujets de la phrase.
Je n’ai pas vraiment de bonnes règles, mais j’ai une recette qui marche pas mal.

* Attention, atelier bricolage en vue *

Admettons que votre premier jet soit bien costaud, que la scène soit longue, compliquée, hyper importante, bref, le genre qui est dure à écrire autant qu’à corriger pour la rendre lisible (assez pour que vous procrastiniez en attendant de vous y attaquer). Tout est là, mais bonjour le travail.

Je vous conseille d’imprimer sur papier, de séparer avec un gros marqueur les grosses étapes, et ensuite pour chaque section, vous choisissez une couleur par personnage et vous soulignez tous ses référents (noms, surnoms, pronoms, etc.) Ensuite, restructurez le passage en déplaçant les bouts de phrases. Vérifiez que ça colle d’une étape sur l’autre, et enfin, retravaillez le style pour fluidifier le tout.

En conclusion

Pour que cet article soit complet, je devrais également parler du travail possible sur synopsis, de la clarification des enjeux, etc. Mais ce n’est qu’un modeste article de blog, et j’espère que mes recettes de cuisine vous inspireront pour vos propres tambouilles.

À bientôt mes chers égarés !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *