Les chroniques

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Ces derniers mois, j’ai eu l’impression que pour les blogueurs  poster une mauvaise chronique, c’est toute une expérience… Ce qui me frappe, personnellement, c’est que le ton monte de plus en plus vite : les insultes deviennent banales, ainsi que les menaces, qu’il s’agisse de plainte pour diffamation, ou carrément, de menaces de mort (reçues par le site Elbakin).

Je vous avoue que ça me dépasse.

Je ne commente plus les chroniques

Avant, pour Au Sortir de l’Ombre, je commentais les chroniques qui m’avaient touchée parce qu’elles avaient mis en avant certains détails qui me tenaient à cœur. J’avais envie de faire plaisir au chroniqueur et de le remercier pour son travail. Pour avoir rédigé quelques chroniques, je sais que c’est long, fastidieux, et que chaque chronique, même mauvaise, représente un travail conséquent.

Mais j’ai constaté quelques effets pervers:

  • On peut croire que je suis copine avec l’auteur de la chronique, laquelle devient donc le fruit du copinage aux yeux de certains lecteurs de passage.
  • L’auteur du blog peut être mal à l’aise, en particulier parce que ma présence dans les commentaires risque d’entraver la liberté de discussion entre lui et ses lecteurs.
  • Si jamais en discutant d’un point, je me mets à « défendre » un aspect du livre, on pourra croire que je ne suis pas venue pour dire merci, mais pour remettre quelques pendules à l’heure.Je pourrais en trouver d’autres, je pense, des exemples de ce genre. Le problème vient peut-être de moi, en tant qu’individu, parce que d’autres auteurs sont très à l’aise avec le public et parviennent à échanger avec naturel sur les articles en question. Mais ce n’est pas mon cas.

Pour remercier l’auteur d’une chronique, je me contente donc désormais de la relayer avec un petit mot sur les réseaux sociaux, et de temps en temps je rassemble quelques citations dans un article sur ce blog en plus de les ajouter à la page du livre sur ce site. Cela donne un peu de visibilité à son travail, et lorsque le coeur lui en dit, il/elle intervient de son propre chef sur ma page.

Cela arrive assez souvent, à mon grand bonheur. 🙂 Je préfère discuter avec mes lecteurs sur ma page personnelle, je m’y sens plus à l’aise.

Qu’en est-il des mauvaises chroniques ?

Je ne vais pas dire que ça me fait plaisir, mais mes livres ne sont pas parfaits, j’en ai conscience. Donc, je grogne dans mon coin que ce livre n’était pas pour ce lecteur, je ronchonne cinq minutes et c’est tout ! Je digère dans mon cercle privé au besoin. Mais je ne relaye pas. Jamais. Pas un mot sur facebook ou twitter.

Parce que je refuse que de bonnes âmes aillent défendre mon livre.

Même sans rien demander, des gens qui ont aimé le texte peuvent prendre la critique pour eux, et éprouver le besoin de répondre sur les points avec lesquels ils sont en désaccord : c’est humain, quand un lecteur aime une histoire, il se l’approprie, elle devient aussi la sienne parce qu’il l’a imaginée et qu’il a mis ses propres images et affects dedans. Donc, les mauvaises critiques peuvent également les toucher. Néanmoins, il y a peu de chance pour qu’ils les cherchent par eux-mêmes si je ne leur en parle pas.

D’autres lecteurs peuvent avoir envie de me remonter le moral et poster un bon commentaire par-dessus un mauvais pour me réconforter. Une fois, ça passe, mais quand ça devient systématique ou si plusieurs bons samaritains se manifestent, cela risque de créer de nouveaux effets pervers, dont le sentiment qu’il est impossible de parler en négatif de mon livre sans déchaîner les foules, et sur des sites pourvus de notation de type Amazon, cela peut prendre d’autres proportions comme une avalanche de bons commentaires qui noient le mauvais (en route pour de nouvelles polémiques ! Hi ha !)

Plus rarement, les lecteurs peuvent être énervés par le ton de la chronique et venir casser du sucre sur le dos de son auteur sur les réseaux sociaux. En général, là, ça part en vrille.

Ces comportements partent toujours d’une bonne intention (l’enfer est pavé de bonnes intentions), mais le résultat conduit à une levée de boucliers contre l’auteur de ladite chronique. J’ai vu plusieurs dérapages sur différents blogs et forums, et, ça m’attriste que certaines personnes hésitent à chroniquer des auteurs français, parce qu’ils ont l’impression de ne pouvoir s’exprimer librement.

Chacun devrait pouvoir donner son avis sur ses lectures sans crainte de se faire harceler en retour, ou de se faire un ennemi à vie en la personne d’un auteur. La réciproque est néanmoins vraie. Un auteur ne doit pas avoir à craindre non plus des représailles de la part des chroniqueurs si ces derniers ne l’aiment pas pour X raisons.

La tolérance me semble primordiale. Les mauvaises chroniques, même ironiques et méchantes, font partie du jeu. C’est ce qui arrive à un livre lorsqu’il rencontre le public. Je ne prétends pas que ce soit agréable. Cependant, je crois que les raisons qui font détester un livre à une personne donnée risquent de donner envie de le lire à une autre. 🙂 En tout cas, quand je déteste quelque chose, moi non plus, je ne suis pas tendre.

En cas de problème sévère, par exemple, l’impression d’être prise pour cible, il me reste la possibilité de se tourner vers mon éditeur, ou encore il me paraît plus élégant de résoudre mes problèmes via des discussions privées. Non seulement cela diminue le nombre de personnes impliquées, la portée de l’affaire, la publicité qu’il y aura autour, mais en plus, cela facilite la négociation si elle est possible, sans que l’interlocuteur ait l’impression que je cherche à lui mettre le couteau sous la gorge.

Ma responsabilité envers mon éditeur

L’autre raison pour laquelle je fais particulièrement attention à ma communication envers les chroniques, c’est que cet aspect de la promotion est délicat. Il est le fruit du travail de mon éditeur. C’est lui qui envoie les services de presse, qui sélectionne les sites, qui soigne également sa clientèle. Il construit des relations, il les entretient, et je comprends que pour vendre mes livres, il faut également qu’on en parle.

En particulier, si je me prends le chou avec un chroniqueur, il n’y a pas que la promotion de mon livre qui risque d’en pâtir, cela peut affecter les relations de la maison d’édition avec cette personne, ainsi qu’avec son cercle de contacts ou son site s’il le représente. Hum.

A mon sens, un auteur ne doit pas mettre en porte-à-faux son éditeur et il doit éviter de générer une mauvaise publicité par ses réactions. Surtout que dans ce tout petit milieu, les rumeurs vont vite. Les éditeurs évitent de travailler avec des personnes qu’ils ne jugent pas fiables. Ils discutent entre eux, ils interrogent leurs auteurs, ils se renseignent sur les gens. Ce qui se comprend, car sortir un livre avec un nouvel auteur n’est pas une entreprise facile, chacun doit apprendre à travailler avec l’autre.

Les réseaux sociaux

J’aime bien les réseaux sociaux tant que les échanges sont cordiaux et respectueux. J’accepte n’importe qui ou presque sur facebook, mais je supprime de mes contacts les personnes qui manifestent de l’agressivité ou ont pour passe-temps la médisance affichée.

Je n’en veux pas.

L’actualité me fait déjà froid dans le dos, je ne veux pas que l’écriture ouvre la porte à une autre forme de violence, même verbale, dans mon quotidien.

En conclusion

Je pense ne pas être la seule auteure à appliquer, grosso modo, ce genre de principes. Certaines personnes se sentiront critiquées à la lecture de cet article parce qu’elles agissent différemment, mais là n’est pas le problème : que chacun fasse comme il veut, du moment que les discussions demeurent cordiales et respectueuses.

Nos livres ont besoin des chroniques pour exister. Quand je lis que des blogueurs vont continuer de lire les bouquins d’auteurs français mais pas les chroniquer, j’ai l’impression qu’on nous tire des balles dans les pieds.

4 thoughts on “Les chroniques

  • Les effets boules de neige chez certains sont, n’ayons pas peur des mots, lamentables. À partir du moment où on accepte d’être publié (donc public), on devrait se créer une armure et les mauvaises chroniques, faire semblant de ne pas en avoir eu vent. C’est mieux pour tout le monde… non ?

  • Cet article est plein de bon sens et de maturité. Je crois que si un jour, je publie des nouvelles ou romans ou autres plus conséquents, je tenterai de garder ton article en mémoire et en référence. Ca me parait être l’attitude la plus cohérente et judicieuse à adopter !

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