La gestion de l’information

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Tadjal, parce qu’il le vaut bien.

Mes chers égarés, vous me manquez. Je suis aux prises avec d’affreux doutes existentiels. Vais-je ou non réécrire le quatrième chapitre ?… Ah ! J’aperçois quelques hâches brandies au fond de la salle ! Voilà un beau consensus !

 Souvent, c’est à l’instant où la question se pose que la décision est prise. Vous savez, le chapitre 4 est encore le début du roman, celui qu’on doit réécrire jusqu’aux sangs, ce qu’on peut interpréter comme taper jusqu’à saigner du bout des doigts, effectivement. Il faut croire que l’écrivaillon s’endurcit – hé hé, au moins un roman d’expérience, ça ne rigole pas. M’enfin avant-hier*, j’ai sabré tout un passage d’explications parce que voyez-vous, ça tombait comme une touffe de poils félins au milieu de la soupe. Sauf que maintenant, je dois en plus réintégrer ce lot d’explications à la suite.

La gestion de l’information, c’est vraiment le nerf de la guerre. Depuis toujours, j’y vais à l’instinct avec plus ou moins de succès pendant l’écriture et je remets l’édifice d’aplomb à la correction. Je rêve de ce moi futur qui écrira une version super solide du premier coup.

Le piège le plus évident pour le débutant (je suis tombée dedans aussi, ne vous en faites pas), c’est de vouloir ménager du suspens en cachant des infos au lecteur. À part le frustrer, ça ne donne souvent rien de bon. De toute façon, même s’il devine ce qu’il   va se passer, ce qui prime, c’est comment ça va se passer. Un peu comme un entretien d’embauche : on sait à quelle heure on a rendez-vous, ce qu’on a à présenter dans son CV et pourtant, on ignore comment ça va se passer, parce que la composante inconnue, c’est le recruteur (l’auteur en l’occurrence.)

Revenons à nos chapitres. Il y a plusieurs types et de niveaux d’information dans le récit. Je crois fermement que c’est lorsqu’on pose le problème, donc l’équation et toutes ses composantes, qu’on devient capable de le résoudre. Penser à tout ce qu’on doit mettre dans le texte, ça devrait se faire avant en théorie, mais de mon côté, comme je me concentre sur le personnage quand j’écris, c’est à la relecture que je m’y attelle et que je me demande ce que j’ai oublié : la relecture/correction/réécriture (rayez la mention intuile) permet ce recul.

Vous connaissez les 5 Ws ? Qui ,quoi, quand, où, comment, pourquoi. En gros, le lecteur doit toujours savoir où il se situe dans l’intrigue, quel personnage il suit et pourquoi, comment le perso en est arrivé là, et quand. Ce sont les basiques, on va dire (exemple de technique: http://www.ecrirepourleweb.com/redaction-web/qui-quoi-quand-ou-pourquoi-comment). On peut les voir comme des petites ficelles qu’on tire pour faire évoluer le personnage (il rencontre machin, du coup décide d’aller voir truc pour en savoir plus, etc.) et on le fait progresser au fur et à mesure. Toutes les décisions du ou des personnages sont des conséquences logiques de ce qu’il vient de vivre et l’emmène plus loin, mais on se trouve là au premier niveau de lecture.

Et non, ce n’est pas une carte,
c’est un mind-mapping tout pourri

Au second niveau, en filigrane derrière, il y a aussi tout un tas d’informations supplémentaires, en particulier le contexte dans lequel il évolue et donc qu’il faut porter à la connaissance du lecteur. C’est de nouveau du qui-que-quoi-quand-où mais généralisé cette fois à tous les personnages ! Alors autant, Londres, 1889, ça pose tout de suite le contexte (les chapeaux, les robes, les attelages, les jolies gares, blablabla), autant si je vous dis : quatrième mois de l’anse 4513, plateau d’Ispare, je ne pense pas que vous allez percuter invasion des Issaniens, juste après la Grande Défaite. Si ? (Je hausse les sourcils.) Pourquoi ils se battent, pourquoi les fabuleux s’en mêlent, pourquoi, pourquoi, pourquoi, hum ?

Voilà une des raisons pour lesquelle écrire de la fantasy est difficile : on crée un monde, on l’explique, mais surtout on le raconte, tout cela en gérant d’autres niveaux d’information, comme la découverte du personnage, celle de son histoire personnelle, celle des gens qu’il côtoie, celle de son environnement immédiat, celui de l’intrigue réelle avec ses problématiques à résoudre, etc.

Une petite pensée pour Baxian qui vient d’entrer en scène.

D’autant que j’ai une technique personnelle. J’aime bien que le lecteur progresse dans le récit. Donc j’ouvre des questions, mais je les ferme au fur et à mesure, et je les remplace par de nouvelles (ma recette personnelle du page turner.) Façon, j’aime me compliquer la tâche et surtout appliquer mes petites recettes, celles qui marchent.

C’est le moment de me souhaiter bonne chance.
Vivement les 10%, que le début soit posé de façon durable.

(* Hier je n’ai donc strictement rien fait. Rien.)

5 thoughts on “La gestion de l’information

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