Comment ça il est pas frais mon premier jet !

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Ca me prend toujours aussi longtemps de me relire. J’ai avancé de quelques pages ce WE, que j’ai bien réécrites, elles aussi (pour cause de réagencement des évènements : j’ai reconstruit les rencontres et leurs approches.) Oui, je m’amuse bien. 😀 Je me tâte même pour un extrait, mais je suis timide. (hu hu hu)

Je zone un peu quand même. Pas beaucoup, hein. Mais je m’interroge.

En ce moment, je m’étonne de la diversité des profils d’écrivains, et surtout de ce qui fonctionne pour les autres mais pas pour moi. Par exemple, certains emploient des termes comme fraîcheur ou spontanéité pour parler de leur premier jet, et ils y sont très accrochés, alors que je suis parfaitement insensible à ce genre d’approche. (Oui oui, on est en mode nombriliste, mais c’est un blog d’écrivain aussi, alors c’est bien normal, non ?)

De mon point de vue, un texte est une mécanique précise. La construction se veut irréprochable, les enchaînements et les mots d’une précision méticuleuse (à noter que je rame pour approcher de ce genre de résultats, hein, vous me direz ce que vous en pensez à la parution d’ Au Sortir de l’Ombre – YEY pub inside, Au Sortir de l’Ombre en 2011, vite, la page facebook, ahem.)

Je n’imagine pas que des outils comme des fiches de personnages (quelle que soit la forme de la fiche) puissent entraver la rédaction. Alors bien sûr, ce genre d’outil fixe des limites, par définition restrictives, mais c’est pour la bonne cause ! Par exemple, si Siwès était une grande perche calme et timide, on ne pourrait pas la faire se transformer en harpie chapitre 19. A mon sens, ce sont des remparts qui protégent la cohérence du récit. Surtout que rien n’empêche la fiche d’évoluer avec les besoins du roman. Une petite relecture de cohérence en s’appuyant sur la fiche, et il n’y paraitra rien.

De mon côté, plus j’ai de repères, plus je me sens libre. Je n’hésite pas. Mon personnage non plus, il est droit dans ses bottes pour paraphraser mon amie Blacky, et il est prêt à exploiter tout son potentiel, à surprendre, à jouer avec ses propres nerfs. En clair, plus je le connais, plus il existe, mieux il joue son rôle.

(La discussion sur le forum de CoCyclics au sujet des fiches de personnages est très intéressante.)

Il y a aussi cette histoire de fraicheur des mots. Je comprends le concept : le premier choix de formulation est en accord avec l’état d’esprit de l’auteur. Illustrons de façon grossière. A vingt ans, l’auteur choisit des tournures de phrases et un vocabulaire différents de ceux choisis à une autre période de sa vie, par exemple à soixante ans : on se doute bien que l’expérience y est pour quelque chose. Approfondissons un peu, car dans le cas présent (moi, mon premier jet, ma relecture, nombrilliste on a dit), l’auteur demeure dans la même temporalité. Les moments où surgit l’inspiration sont particuliers. Ils témoignent d’un genre d’osmose où l’auteur fait corps avec son écrit. Ce sont des moments merveilleux.

Mais je ne suis pas assez douée pour pondre un premier jet dont la « fraîcheur » toucherait le public. Je préfère le travail et je sens bien que je serais la seule capable de « vivre » mes premiers jets. Je sacrifie la fraîcheur au plaisir du lecteur, quoi. Je n’y suis décidément pas attachée (à la fraîcheur), j’ai tendance à le trouver mauvais (le premier jet), voire pauvre (ouaip, au moins).

Hum. Il m’a fallu trois jours pour pondre cet article à la première personne, et je vous plains mes pauvres, je trouve qu’il transpire l’ennui de l’auteur qui veut écrire et relire, mais rédige toute autre chose…

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