La complexité du lecteur

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Pendant que Beorn écrit sur le découragement des auteurs, de mon côté je ne redescends pas de mon tapis volant (les nuages, c’est trop commun).

Hier, mon collègue R. m’a écrit un mail post lecture sur ASLO*, super enthousiaste, et il faut bien le dire, ça m’a fait chaud au coeur (comme chaque retour positif que j’ai eu de la part des uns et des autres — ça deviendrait très très facilement une drogue – il faut vite que je finisse les Siwès Chronicles pour y retoucher). Je suis montée à 1 000 pieds de plus, ce qui fait que je dois flotter à peu près à 12 000 à l’heure où je vous écris.

C’est fou n’empêche, chaque lecteur se fait sa propre lecture (ça ne veut rien dire, mais si je m’explique, vous allez me comprendre). Par exemple, R. n’a eu aucun souci, ni avec les scènes d’action, ni avec les personnages, ni avec la complexité de l’intrigue, rien. Sur la même version, j’ai eu un lecteur qui trouvait que je ne rappelais pas assez certaines choses, et j’en ai eu un autre qui m’a reproché le contraire. Mais ce qui est cool, c’est que maintenant, si j’ai un doute suite à un commentaire, je peux m’exclamer (aussi modestement que possible du reste):
« Je verrais ça avec mon éditeur. »
Mouahahahahahahah !
* Ultimate Happiness *

Mais revenons au lecteur.
Ce qui me sidère, c’est la résonnance particulière du texte en fonction du lecteur. Vous me direz que j’ai mis le temps avant de le réaliser. Cependant, il y a une différence entre être au courant, et observer le phénomène de près.

On parle souvent « des goûts et des couleurs » de chacun pour se montrer sous un jour tolérant, même si en son fort intérieur on a des ? et des ! et des ?!! qui se bousculent — quoi il y a des gens qui n’aiment pas ce qu’écrit Neil Gaiman?!!. En vérité, on accepte, mais on ne comprend pas et on ne peut pas vraiment comprendre puisqu’on ne dispose pas d’un accès à ce que chacun se dépeint dans son monde intérieur.

Tout cela me rappelle l’allégorie de la caverne de Platon. Sauf que cette fois-ci c’est le roman qu’on projette sur la caverne du lecteur. Il faudrait voir par ses yeux pour le vivre de la même façon que lui. Ce qui est impossible bien sûr, mais en le faisant parler, on peut apprécier quels reliefs du roman ont orienté sa lecture. Ensuite en gros, en faisant le rapprochement avec la ligne directrice qu’on a travaillé, on peut saisir son angle de perception.
– L’identification aux personnages.
– Le mode « enquête » (comprendre à l’avance ce qui se passe).
– La curiosité.
– Le penchant sadique (muf muf muf).
– Le mode navigation (emporté par les flots).
Etc.

C’est fascinant. Mais disséquer les retours n’est pas suffisant, il me semble.
Prochaine étape de l’expérience : ligoter le lecteur, le brancher et obtenir des images.
(Je parie que tout de suite, il y a moins de lecteurs qui se bousculent au portillon.)

* Evidemment, je ne fais plus lire ASLO maintenant qu’il a trouvé un éditeur, mais je ne pouvais raisonnablement pas l’arracher à ceux qui en avaient commencé la lecture. Je pense que cela aurait été mal vécu 😀 Je suis trop généreuse, je sais, je sais.

2 thoughts on “La complexité du lecteur

  • Hihi, oui, oui, moi je m’intéresse au blues de l’auteur. On est complémentaires.

    Sinon quand tu auras les images -tu sais, le lecteur, la chaise à menottes, les électrodes dans le crâne, la machine à lire le cerveau, la télé à côté- fais les donc circuler, ça nous intéresse tous.

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